Mercredi 2 juin 2010 3 02 /06 /Juin /2010 06:46

Aujourd'hui, j'ai envie de vous parler de musique chinoise... Jusqu'il y a quelques mois, j'avais une image réellement très pessimiste. En effet, la musique qu'on entend, que ce soit dans les taxis, les bus, les magasins, les clubs se révèle navrante et même très navrante! Rien d'original mais plutôt une copie de la musique anglophone commerciale, parfois un brin plus "sucrée". Toutes les chanteuses semblent être dotées des même cordes vocales, idem pour les hommes.

D'un autre côté, dans un pays qui compte plus de 1'350'000'000 d'habitants, il devait bien avoir quelques perles, bien enfouies sous cette océan de déchets musicaux (oui je sais, j'suis dur!). Ma bouée de sauvetage s'appelle 崔健 (Cui Jian) (cliquer ICI pour visiter son site, en anglais ou chinois). Découvert au hasard de mes errances sur la toile, j'ai découvert cet artiste qui se trouve être une légende, l'équivalent d'Elvis Presley version asiatique: le père du rock chinois.

Âgé aujourd'hui de 48 ans, il est pour moi un véritable paradoxe. Si la plupart des Chinois connaissent au moins son nom, trouver l'un de ces CD relève de l'exploit. Personnellement, sur les 5 magasins CD/DVD dans lesquels je me suis rendu, seulement un seul comptait dans ses étalages les précieux CD. Comme expliquer que cette légende de la musique moderne chinoise soit si peu représenté? Je vous le donne en mille: la...censure!

Cui Jian ne se contente pas de faire du rock, il incarne aussi l'esprit de cette musique, un peu révolutionnaire ou "fous-la-merde", c'est selon. Il connaît la gloire en 1985 grâce à sa chanson 一无所有 qui est traduite en français par "Rien en mon nom". J'avoue ne pas connaître vraiment le contenu de ce morceau mais toujours est-il que, durant les événement de Tian'anmen de 1989, cette chanson devint le slogan des étudiants. Cui Jian lui-même se produit sur la plus grande place du monde et fut même accueilli par l'un des leader du mouvement estudiantin.

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Sur la place Tian'anmen

Cliquer ICI pour voir un live (à Londres) de 一无所有

Alors au sommet de sa gloire, le Parti lui coupe les ailes pour 13 années. Entre 1990 et 2003, il sera en effet interdit de se produire devant un public de plus de 500 personnes.

Tout ce que je vous dis là, je le tiens principalement de wikipédia francophone (cliquer ICI). Histoire de tester mes connaissances en mandarin, je fais la même recherche mais sur la version chinoise du site. Et là, grosse surprise, c'est un article radicalement différent qu'il m'est donné à lire (cliquer ICI). Au lieu de parler de la censure du gouvernement chinois, on préfère dire que pendant près de 15 ans, rien de très intéressant n'a été produit par l'artiste, comme par hasard, exactement pendant cette fameuse traversée du désert.

Personnellement, ça m'a fait vraiment bizarre de voir cette "omission". Pour la deuxième fois depuis que je suis en Chine (cliquer ICI et LA pour lire la première fois), la censure chinoise m'est apparue de manière flagrante. Afin de d'éliminer tous liens entre le chanteur et les malheureux événements de 89, on clarifie même une polémique au sujet de l'un de ses morceaux: "最后一枪", traduit en anglais par "Last Shot" (dernier coup de feu). Si certains font directement le lien avec les événements de Tian'anmen, on s'empresse de dire que d'autres pensent que l'auteur/compositeur parle en fait de la guerre sino-vietnamienne (17.02-16.04.1979) (cliquer ICI). Le débat reste donc ouvert concernant cette chanson en particulier. Pour ce qui est de son action sur Tian'anmen, on indique que le 19 mai 1989, il donne une petite représentation pour consoler et encourager les étudiants qui font la grève de la faim. On se garde pourtant de préciser que ce soutien aura pour conséquence 13 ans d'interdiction de représentation.

Voilà pour le personnage. Concernant sa musique, si le message politique reste, la forme quant à elle a subi de grands changements, en tout cas c'est mon impression. De son premier CD, sorti en 1986, jusqu'au dernier, datant de 2005, il passe du rock, au punk (soft), du rap enfin bref, un mélange de plein d'influences, modernes comme folkloriques, chinoises comme étrangères. C'est d'ailleurs un aspect que j'aime beaucoup dans sa musique: l'insertion d'instruments et de son folkloriques chinois et ce mix permanent de pleins de genres.

Le morceau 快让我在这雪地上撒点儿野 (Wild on The Snow), l'un de mes morceaux préférés, est un bon exemple de ce mix puisque la première partie évoque clairement une mélodie folkorique pour se transformer finalement en un riff de guitaire qui, pour ma part, m'a fait pensé aux accord de "Money For Nothing" de Dire Street.

Cliquer ICI pour voir un clip de la chanson (version karaoké!!)

Cliquer LA pour voir un live de cette chanson

Continuons sur mes morceaux favoris avec deux slows, 假行僧 (incapable de traduire en français!) et 舞过38线 (Dance Across 38 paralell). Le premier apparaît sur le premier CD et a le grand avantage de permettre de suivre les paroles... Le deuxième figure lui sur le dernier album. Un gros mix de musique folkorique, électronique, et j'en passe qui, dans un premier temps, évoque un slow très banal et puis part en sucette, accompagné de la voix rauque du chanteur.

Cliquer ICI pour voir un live de 假行僧 (la version CD est bien meilleure je trouve)

Finalement, 这儿的空间 (This Space), un morceau assez rythmé, pop rock sur les bords. Si je trouve que le morceau a assez mal vieilli sur le CD, en live acoustique, il est un de mes préférés de Cui Jian.

Cliquer ICI pour voir une performance live de ce morceau (aller jusqu'à 3.10) Si vous avez le temps, je vous conseille de regarde l'intégralité de ce concert acoustique, enregistré en 2006!!

Voilà, il y a encore plein de morceaux du papa du rock chinois que j'apprécie mais le but n'était pas de vous faire mon TOP 10, plutôt une entrée dans la musique chinoise à travers l'un de ses mythes, même si j'ai l'impression que les "jeunes" d'aujourd'hui le boudent un peu! Je termine par dire que même si son dernier opus remonte à 5 ans, le rockeur reste en activité. Dernier concert le 7 mai dernier au Japon dans la ville de Kawaguchi. Peut-être un jour en Suisse...et oui...on peut toujours rêver!

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Cui Jian aujourd'hui muni de deux ses signes distinctifs: sa casquette de base-ball qu'il porte toujours et la trompette, dont il a joué professionnellement à l'orchestre philharmonique que de Pékin de 1978 à mai 1987.

Par Romain Barrabas - Publié dans : Chine - divers
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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /Mai /2010 15:13

Hier matin, je retrouve mes amis commerçants (cliquer ICI et LA) du quartier de Fuzimiao (cliquer ICI et LA). Petite remise en contexte. J'avais rencontré lors d'un souper le patron de deux boutiques. Comme je suis blanc, il pense instinctivement que ma langue maternelle est l'anglais. Je le corrige mais il me demande malgré tout si j'accepterais de donner des cours d'anglais à son fils. Ne manquant pas une occasion pour connaître mieux les Chinois, j'accepte. La première "leçon" fut un vrai fiasco puisque l'enfant, âgé de 7 ans, était plutôt effrayé par moi et n'acceptait que de me parler en chinois.

Deuxième essai hier matin. La mère nous laisse seule et grande surprise, il accepte de dire quelques phrases simples dans la langue de Shakespeare, sans laisser toutefois tomber le chinois qui reste la langue la plus parlée pendant ces quelques instants. Une vingtaine de minutes plus tard, la mère revient, accompagnée d'une autre dame et de sa fille. Apparemment, la famille Cheval (nom de famille des commerçants: 马 qui signifie "cheval") a fait de la pub autour d'elle! La petite, prénommée 一凡 (Yifan mais se prononce Yifanne), âgée de 7 ans et demi, ne semble pas du tout gênée et commence directement à me parler en anglais...

Les deux mamans nous laissent quelques minutes et puis je suis invité à aller visiter la 中华们, littéralement la "Porte de Chine". Comme je vous l'ai déjà mentionné dans un article précédent (cliquer ICI), Nanjing fut la capitale de l'Empire chinois deux fois: sous les Tang du Sud (937-975) et sous les Ming (1368-1644). Sous cette dernière, un mur d'enceinte de plus de 33 km fut construit entre 1866 et 1886 par l'empereur Zhu Yuanzhang qui n'est rien d'autre que le premier empereur de la célèbre dynastie. A l'époque, elle était tout simplement la plus grande fortification de ce type dans le monde et reste la plus grande de Chine encore aujourd'hui même si elle a perdu un tiers de sa longueur.

Percé de 13 portes, la "Porte" Zhonghua est la plus monumentale. Je mets porte entre guillemets parce que cet endroit est loin de se limiter à une porte d'entrée et de sortie. Il s'agit plutôt d'une caserne qui pouvait accueillir jusqu'à 3000 hommes. Couvrant une superficie de 15'168 mètres carrés, elle est la plus grande construction de ce type en Chine.

Aujourd'hui, la caserne reste imposant mais fut malheureusement amputée des bâtiments qui la surmontaient, dont le plus grand fut détruit en 1937 par les Japonais, à la période du tristement célèbre massacre de Nankin (cliquer ICI). Malgré tout, l'endroit vaut le coup d'oeil, ne serait-ce-que pour apercevoir de près cet imposant mur d'enceinte, qui n'égale pas la Grande Muraille (cliquer ICI) mais qui mérite quand même le détour!

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      Une maquette du site, tel qu'il était à l'origine. Comme je vous l'ai expliqué, les bâtiments ont tous été détruits...

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L'entrée

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Dernière cour intérieur avec sur la droite, une rampe d'escalier. Celui-ci a été construit spécialement pour fluidifier la visite.

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      Le point culminant de la caserne, sans le bâtiment qui fut détruit en 37

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Autre point de vue

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A l'intérieur d'une des 27 alcôves que comptent le site. Elles abritaient à l'origine les soldats, aujourd'hui des expositions où comme ici, un temple   

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Le fils des commerçants de Fuzimiao (dont j'ai oublié le nom) et Yifan

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Vue d'une portion du mur d'enceinte en arrière-plan    

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Sur l'esplanade qui domine le site

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      Une autre portion d'enceinte...

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      Yifan et moi-même!

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Si j'ai bien compris, sur chaque brique, on retrouvait le nom de celui qui l'avait fabriqué ainsi que celui qui l'avait posé. Si il y avait un problème, on savait trouvé le coupable et...lui trancher la tête...

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      Une cour abritent également deux jardins à bonzaï

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La visite terminée, nous retournons en direction de Fuzimiao pour aller manger. En chemin, nous nous faisons halte à la 学习房, autrement la chambre d'étude de Yifan. Etonné, je demande la raison de cet endroit. Sa mère m'explique que leur habitation est trop loin de l'école de Yifan donc la famille a pris la décision de louer ou acheter (je n'ai pas demandé) une chambre d'étude pour la petite qui l'habite avec sa mère du lundi au vendredi. J'imaginais une petite chambre, me voilà dans un petit appartement tout confort, décidément, faire du commerce rapporte beaucoup, en comparaison de la petite discussion que j'avais eu avec ma professeur d'écoute (cliquer ICI). Dans la chambre de Yifan, je découvre un étrange instrument de musique: le guzheng.

Je suis certain que vous avez déjà entendu le son de cet instrument de la famille des cythares (on dit merci Wikipédia) que l'on associe assez vite à la musique dite traditionnelle chinoise. Sans que j'ai à lui demander, Yifan colle au bout de certains des doigts de sa main droite des petites plectres puis s'asseille face à son instrument. Elle règle seul son gucheng et puis nous fait deux morceaux. Franchement, j'ai été soufflé! Je ne suis pas très fan de ce type de musique mais voir cette petite fille, concentrée, faire un morceau qui m'a semblé parfait, en plus par coeur, y'a de quoi être touché!

Après cette représentation, je suis invité à manger dans un restaurant où on choisit soi-même plein de petites spécialités. Les deux femmes ont commandées bien plus qu'il n'en fait mais on emportées les restes dans des doggy-bags. Une très bonne journée donc et je devrais normalement remettre ça ce week-end!

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      Annonce pour des achats ou loctations d'appartements

      Yifan et son gucheng. Pour la précision, elle en joue depuis 4 ans (elle a 7 ans et demi...)

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Ses partitions et une boîte sur laquelle figure le drapeau suisse, ça ne s'invente pas!    

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Une partie de notre repas avec entre autres de la langue de canard (au centre en bas de l'image, ce qui ressemble à des calamars), du 盐水雅 (Canard à l'eau salée, une spécialité de Nanjing) juste à la droite des langues et à droite, à côté des concombre, le fameux et redoutable 臭豆腐, traduisez le "tofu qui pue", une autre spécialité de la ville mais qu'on retrouve un peu partout en Chine. Moi je trouve ça vraiment très difficile à manger, ayant d'avantage l'impression de manger un morceau de vomi cuisiné que de la nourriture! Nouveau choc culturel, Yifan et l'autre enfant l'ont classés parmi leurs plats préférés!!

Par Romain Barrabas - Publié dans : Jiangsu (Nanjing)
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Présentation

  • : Je m'appelle Romain, je suis Suisse et j'ai 23 ans. Après 2 ans d'étude de mandarin à l'université de Genève, j'ai décidé, avec l'aide d'une bourse, de partir une année à Nanjing (province du Jiangsu) améliorer mes connaissances linguistiques. Sur ce blog, je raconterai donc ma vie ici en Chine, mes voyages, mes réflexions, mes remarques, etc...
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